Les aléas du gonflage au CO2

Si vous êtes cycliste, il y a de fortes chances pour que vous ayez opté pour les cartouches de CO2 en lieu et place d’une pompe pour regonfler votre pneu ou boyau en cas de crevaison en route, que ce soit à l’entrainement ou en compétition.

Mais saviez-vous que le CO2 a une propriété qui n’est pas forcément l’alliée du cycliste: sa molécule a tendance a passer à travers le latex ou le caoutchouc plus facilement que celle d’azote qui constitue une grande partie de l’air que nous insufflons dans nos pneus ou nos boyaux avec une simple pompe. Pour résumer: un pneu gonflé au CO2 se dégonflera plus vite qu’un pneu gonflé au bon air de la campagne!

J’ai pu lire sur certains forums ou dans des articles que les chambres à air en latex, qui perdent déjà de la pression assez rapidement lorsqu’elles sont gonflée avec de l’air, se vident encore plus rapidement lorsqu’on les gonfle avec du CO2, à un tel point que la réparation ne teindra pas plus de quelques heures.

Gonflage au CO2J’ai voulu en avoir le cœur net et valider avec ma propre expérience. Voici le matériel que j’ai utilisé pour mon test:

  • Deux paires de roues: une paire montée en boyau Continental GP4000 (donc avec une chambre à air en caoutchouc) et une paire montée en boyau Vittoria Evo CX 2 (donc avec des chambres à air en latex).
  • Deux (non, en fait trois) cartouches de 16g de CO2.
  • Mon adaptateur pour gonfler les roues avec les cartouches.
  • Un manomètre numérique pour les mesures de pression.

J’ai gonflé une des roues de chaque paire avec une cartouche de CO2, puis l’autre roue à la même pression avec une pompe tout ce qu’il y a de plus normal. Attention: lors du gonflage avec une cartouche, le tout peut devenir très froid!

Gonflage au CO2Puis mesure de la pression après le gonflage pour s’assurer que les deux roues de chaque paire ont la même pression au début de l’expérience. Je me suis habitué à la mesure avec le mano plusieurs fois avant pour minimiser la perte de pression lors de la mesure.

Gonflage au CO2Malgré tout, chaque mesure induit une légère perte de pression, c’est cette perte qui est mesurée par la roue montée en Continental GP4000 et gonflée à l’air, car la perte de ce boyau est négligeable sur cette durée en conditions réelles.

Gonflage au CO2J’ai ensuite mesuré la pression de chacune des roues toutes les deux heures. Les roues ont été stockées à la même température durant tout le test.

Première surprise: en utilisant des cartouches que j’avais depuis environ deux ans, une des deux était vide! L’autre m’a donné un pression de 8.9 bars. Une cartouche neuve, achetée très récemment m’a donné une pression de 11.7 bars! Conclusion: même les cartouches perdent, et il faut donc les remplacer régulièrement.

Mais entrons donc dans le vif du sujet, et voyons donc comment la pression de mes boyau a évolué au fil de la journée:

 Gonflage2 heures4 heures6 heures8 heures
Vittoria Evo CO28.95.43.421.1
Vittoria Evo Air8.98.58.17.77.4
Conti 4000 CO211.711.411.110.810.5
Conti 4000 Air11.711.711.611.511.4

Prenons la valeur moyenne de dégonflage du boyau Continental gonflé à l’air: il a perdu environ 0.1 bar par mesure. Ce dixième de bar a été retranché aux constats ci-dessous, car il est la conséquence de la mesure de pression avec le manomètre.

Le constat est tout de même impressionnant pour le Vittoria Evo CX 2 qui s’est dégonflé à vue d’œil au fil de la journée, perdant 5.3 bars en 4 heures, soit plus de 50% de sa pression initiale! Le même boyau gonflé à l’air a perdu 0.5 bars pendant les mêmes 4 heures.

En ce qui concerne le Continental gonflé au CO2, perte de pression également, exemplaire de régularité mais moins importante: 0.2 bars toutes les 3 heures.

Conclusions

Certes, mon analyse manque de rigueur pour analyser les chiffres de près, mais elle est suffisante pour tirer les grandes lignes qui suivent:

  • Première conclusion qui s’impose après cette expérience: à la fin de chaque saison, il faut préventivement remplacer ses cartouches de CO2 sous peine de transporter sans le savoir une cartouche vide (on peut faire des essais avec les cartouches en début de saison suivante pour « garder la main » avec les anciennes).
  • Deuxième conclusion: un boyau ou un pneu gonflé au CO2 se dégonfle plus vite, voire même très vite dans le cas d’une chambre à air en latex.

Le conseil que je peux donner suite à cette petite expérience: utilisez à l’entrainement ou en compétition des chambres à air en latex si vous le souhaitez, mais si vous emmenez des cartouches de CO2 pour regonfler, emmenez un boyau ou une chambre à air en caoutchouc et non en latex pour une éventuelle réparation!

Imaginez crever dans la première heure d’un Ironman et réparer avec une chambre en latex et du CO2. La pression passera de 9-10 bars à moins de 4 bars 4 heures plus tard (et oui, à ce moment là, vous serez encore sur le vélo!)…

14 commentaires pour “Les aléas du gonflage au CO2

  1. Voilà un test intelligent, je l’avais déjà remarqué sur les chambres latex, là avec un boyau de rechange faut deux cartouches à moins de prendre un conti en boyau de secours mais bon, même usagé c’est un boyau dur à mattre .

    1. De mon côté, j’utilise les GP4000 usés comme remplacements. Dans ce cas je n’ai jamais eu de problèmes à les poser. Par contre il est vrai que les neufs, ils sont difficiles à passer ;-)

  2. Bonjour,

    Je découvre ton site par hasard.

    Les cartouches de co2 sont clairement faites pour du dépannage afin de rentrer à la maison ou finir une épreuve. Ton test est intéressant mais au final peu pertinant (sauf effectivement dans le cas d’une épreuve longue type ironman).

    Tip: Les boyaux tufos sont peu agréables à rouler et en général assez déconseillés comme boyaux principaux. En revanche ils sont de type vulcanisés (donc sans chambre à air séparée) ce qui apporte deux avantages : ils sont très légers et ne perdent pas la pression rapidement. Du coup ils font de très bon boyaux de remplacement, très compacts. Pour exemple, le tufo elite jet est donné pour moins de 160gr. Certains poussent le vice jusqu’à utiliser les modèles pistes (<120gr), plus fragiles mais qui prennent à peine plus de place qu'une chambre à air de rechange s'ils sont bien roulés.

    1. Pourquoi non pertinent? Je trouve l’article très intéressant au contraire et j’ignorais cette incompatibilité latex/CO2. Le fait que les cartouches se vident d’une saison à l’autre méritait également d’être souligné.

      Renaud

  3. Bonjour,
    que ce soit dans les gilets de sauvetage (marine) ou dans les sacs ABS (avalanche ski) ou même dans les gilets des avions de ligne etc…… toutes les cartouches remplis de CO2 perdent c’est normal et très connu.
    Ce que je vous recommande c’est de peser le poids de votre cartouche à l’achat et d’inscrire le poids dessus au marker. Ensuite il ne vous restera qu’à peser de temps en temps votre cartouche. Par exemple sur les sac ABS (avalanche ski) le poids est marqué par le constructeur sur chaque cartouche du coup il ne vous reste plus qu’à peser afin de savoir si ta cartouche est encore chargée ou vide. Ce que je ne sais pas c’est à partir de quel delta de poids tu dois considérer que ta cartouche est plus utilisable.
    Idéalement il faudrait en peser une pleine et une vide de la tu connais la différence.
    Pour moi si la cartouche devient plus légère de 10% de la différence je pense quelle est foutu !

  4. Merci pour ce test, j’ai regonflé un pneu avec une cartouche de CO2 pour la 1ère fois, et moins d’une semaine plus tard, mon pneu est à plat. J’ai d’abord pensé à un bout de verre oublié sous le pneu, avant de lire ce post.
    Depuis que j’ai manuellement pompé, ça marche vachement mieux ;)
    Encore un grand merci, pour m’avoir rassuré!

  5. Parfait Greg ! J’avais constaté moi-même après une crevaison récente sur Michelin Butyl et regonflage au CO2, une perte de pression lorsque j’ai voulu réutiliser mon vélo 2 jours plus tard. Regonflage avec la pompe à pied et la pression reste à peu près bonne !
    Conclusion : idéal pour les réparations rapides en bord de route mais il vaut mieux mettre de l’air dès que possible !

    1. Le CO2 est en général liquide dans la cartouche, et donc cela permet d’avoir beacoup de gaz avec un volume réduit de liquide par évaporation. ( par exemple comme les bouteilles de butane, propane, GPL, N2O…etc)
      Le 2e avantage est de réduire la pression et donc les pertes dans la cartouche ainsi que le danger d’explosion.
      une cartouche d’air ou d’azote serait beaucoup plus grande pour arriver au même résultat qui reste un dépannage.

  6. Bonjour,
    Je suis votre site régulièrement.
    J’ai trouvé votre test intéressant, notamment sur le fait que les cartouches se vident, chose qu’innocemment je ne savais pas.
    En revanche, une comparaison avec un gonflage par pompe aurait été intéressant.
    Certains boyaux et chambres latex perdent dès leur gonflage, que ce soit pompe ou CO2.

    Bravo pour votre travail en tout cas !

  7. Bonjour,

    Merci pour ces essais qui manquent cependant d’un peu de rigueur. Il aurait fallu refaire les mêmes mesures en intervertissant les chambres, peut elle la chambre gonflée avec du CO2 était elle plus perméable que celle gonflée à l’air?

    La conclusion est d’autant plus surprenante qu’elle est contraire aux lois de la physique: la masse molaire du CO2 est de 44, celle de l’azote 28, cela signifie que la taille des molecules de CO2 sont beaucoup plus grosses que celle de l’azote. A contrario, la masse molaire du l’hélium est de 4, c’est la raison pour laquelle ce gaz est utilisé dans les centrales nucléaire pour tester l’étanchéité des conduites.

    Si les expérimentations des cyclistes constatent que les pneus gonflés au CO2 tiennent moins longtemps, c’est peut être tt simplement parce que le gonflage sur le bord de la route révélait une fuite de la chambre (crevaison ou autre fuite) , que le seul CO2 ne saurait réparer.

    En ce qui concerne les cartouches qui fuiraient, on ne peut effectivement pas exclure qu’une cartouches micro perforée (par la corrosion par exemple ou par micro percussion lors de la mise a poste de la cartouche sur le régulateur de sortie) puisse perdre son contenu, mais dans ce cas, compte tenu de la pression interne (env 20 bars) , elle se videra très rapidement ‘quelques heures au plus).

    Il convient donc de vérifier de temps en temps le poids de la cartouche (les fabricants sérieux indiquent le poids total) . A défaut de cette indication, il suffit de faire la différence entre le poids d’une cartouche pleine et vide (12 ou 16g la plupart du temps) , avec une balance suffisamment précise. Sur les volumes habituels des cartouches pour cyclistes, l’écart sur le poids total admissible est de +/- 2g.

    Le gaz dans les cartouches pour vélo n’est jamais liquéfié car cela nécessiterait un process de fabrication beaucoup plus complexe et onéreux. Seuls les extincteurs utilisent parfois des cartouches de CO2 liquifié.
    Si l’air n’est pas utilisé comme gaz, c’est parce qu’il est moins lourd que le CO2 et qu’il se comprime donc beaucoup moins facilement.

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