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Et si 2021 était la dernière année des montres cardio GPS et des compteurs cyclistes (en compétition)?

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Oui, vous l’avez compris, il n’est pas question d’interdire l’usage des montres ou compteurs GPS pour qui que ce soit… C’était bel et bien le poisson d’avril de l’année!

Nous avons encore tous (en tous cas tous les passionnés de cyclisme) cette image de Chris Froome les yeux collés sur son compteur de watts lors de ses victoires dans la Grande Boucle (ou pas). Et nous avons tous plus ou moins entendu les débats interminables sur l’oreillette en cyclisme. Ces technologies « tuent la course » clament haut et forts certains adeptes du cyclisme « à l’ancienne », quand les courses se gagnaient aux tripes et au courage, et non comme une partie d’échec jouée entre directeurs sportifs avec des données chiffrées de tous les coureurs sous les yeux. Et ces technologies, l’UCI les a en point de mire. Oreillettes, capteurs de puissance, compteurs cyclistes… La faitière du vélo n’en veut plus, et l’a fait savoir récemment en essayant de rallier d’autres fédérations à sa cause.

Une réunion (virtuelle) au sommet

C’est lors d’une conférence (virtuelle vu les temps qui courent) liée aux JO de Tokyo 2020 2021 qui regroupait les délégués techniques des principales fédérations présentes aux Jeux que le pavé dans la marre a été lancé par deux protagonistes de l’UCI. Autour de la table notamment, les décisionnaires techniques de World Athletics (athlétisme), de l’ITU (triathlon), de l’IGF (golf), de la FINA (natation) et de la FIG (gymnastique). Les délégués de l’UCI ont annoncé leurs projets de fortement restreindre la technologie à disposition des coureurs en compétition. Leur projet s’étale sur trois ans, à compter de la fin des JO japonais, pour aller jusqu’aux prochains jeux:

  • 2021 (dès août): retrait progressif des oreillettes d’équipes sur les compétitions UCI. D’ici fin 2021, les seules oreillettes autorisées sur les compétitions UCI classe 1 seront celles fournies pas l’organisation, avec des informations neutres de sécurité et éventuellement de modifications ou ajustement de parcours ou d’horaires. Ces oreillettes sont connues sous le nom d' »oreillettes radiotour ». En 2022, cela sera le tour des compétition ProSeries, puis en 2023 celles du WorldTour.
  • Dès 2022 jusqu’à 2024: Interdiction progressive en compétition des dispositifs permettant la consultation de données de performance directe par le coureur ou l’encadrement technique de l’équipe. L’enregistrement de données pour analyse ultérieure reste autorisé.
Le règlement UCI actuel qui devrait prochainement évoluer

Il est à noter que ces démarches ne sont pas neuves pour l’UCI. Le débat sur l’oreillette fait rage depuis plusieurs années. Quant à la mise à disposition de données en temps réel pour le coureur, elle est déjà appliquée dans certains cas de figure, notamment lors de tentatives liées au record de l’heure.

Lors de sa tentative de record de l’heure à Aigle, Mathias Brandle avait dû fixer son compteur SRM à l’arrière de sa selle pour enregistrer les données de sa tentative car il n’avait pas le droit de les consulter durant l’effort!

L’ITU intéressée, World Athletics n’adhère pas…

La fédération de triathlon ITU s’est dite préoccupée par cette question également. Bien que les oreillettes n’existent pas dans le triple effort, les épreuves sont également rythmées par des performances pré-programmées. Les efforts à vélo sont calculés au watt près pour aborder de manière optimale la course à pied. « La stratégie de course aujourd’hui est en grande partie basée sur la technologie, que ce soit à vélo ou en course à pied. Ce n’est pas un problème en soi, mais cela rend les courses probablement moins spectaculaires… » a confié le délégué technique à la rédaction de Tri-Mag Allemagne peu après cette réunion.

« Interdire les compteurs cyclistes ou les montres qui fournissent ces informations aurait un effet certain sur le déroulement des courses, qu’il s’agisse de courte ou de longue distance. Nous allons procéder par étapes et évaluer ces changements. » On sent du côté de l’ITU une envie d’aller de l’avant face à cette « problématique ». En effet, afin de pérenniser sa place au sein des Jeux, l’ITU est comme l’UCI à la recherche de courses plus spectaculaires et moins convenues. Ce sont les épreuves intégrées au World Triathlon Series qui devraient expérimenter le retour à la gestion aux sensations pour les triathlètes en 2022 ou 2023. Les courses de longue distance pourraient suivre en 2024. La WTC n’était pas présente à ces discussions et ne s’est pas prononcée… Mais ces dernières années, les courses sous label Ironman ont adhéré à quasiment tous les changements de règlements proposés par l’ITU.

Les marathoniens pas concernés ?

Les délégués techniques de World Athletics eux, ne se montraient pas très disposés à suivre les autres fédérations dans la démarche… « Cela ne nous concerne pas vraiment… », la puissante fédération d’athlétisme botte en touche. « Dans le stade, quelle que soit la discipline, je vous mets au défi de trouver un ou une athlète qui consulte sa montre durant la réalisation d’un effort. D’ailleurs, la plupart n’en portent pas! ».

Et c’est vrai, même les athlètes sur 10’000m sont quasiment à bloc du début à la fin, la stratégie de course consiste plus à réagir aux autres plutôt qu’à soi-même… Mais sur le marathon, les choses peuvent être un peu différentes. En gérant bien son début de course, on peut réaliser une bien meilleure performance que si on se « crame » à suivre à tout prix les lièvres dès le départ… Mais au final, même sur 42km, les courses ne se gagnent pas forcément les yeux rivés sur une montre.

« Nous avons déjà dû prendre des mesures liées à la technologie inédites dans notre sport récemment, je pense que pour l’instant, nous allons analyser un peu la situation et éviter que tout cela ne se termine en queue de poisson » concluait le représentant américain de la fédération. Il est vrai que le débat sur les chaussures à lames de carbone a passablement occupé (et occupe toujours) le devant de la scène de l’athlétisme, pas besoin d’en rajouter une couche…

Et les autres fédérations?

Si cette discussion crève la surface aujourd’hui, elle semble avoir commencé il y a déjà quelques années. On ne parle dans cet article que de vélo, de triathlon et de course à pied, mais la fédération de golf par exemple fait face à une problématique similaire: des montres connectées et d’autres appareils qui dissèquent de plus en plus précisément chaque parcours, chaque trou… « Vous pourrez bientôt effectuer votre parcours sous le PAR de nuit si ça continue » plaisantait le délégué de la fédération.

Quant à la FINA, elle souligne qu’elle n’est pas (encore) confrontée à la problématique des aides électroniques, mais qu’elle a déjà mené un combat technologique il y a une dizaine d’années au sujet des combinaisons des nageurs.

Une interdiction des montres cardio GPS et des compteurs, même pour les amateurs?

Des courses cyclistes sans compteurs et sans capteurs de puissance lors des Jeux de Paris en 2024 semblent donc plus probables que jamais. Mais qu’en sera-t-il pour les amateurs? Alors que les courses sous l’égide de l’UCI ou des fédérations nationales n’ont, déjà aujourd’hui, pas droit aux oreillettes, elle se verront probablement également interdire l’usage des compteurs et montres connectées. Elle compte bien bannir rapidement les compteurs et montres connectées des pelotons amateurs également.

Pour les triathlètes, qui ont déjà l’interdiction d’employer un quelconque dispositif électronique tel que smartphone, appareil d’écoute de musique ou encore des dispositifs tels que des caméras GoPro pourraient voir s’ajouter à la liste les montres et compteurs cyclistes dans les années à venir. Les discussions au sein même des fédérations va faire rage. Et une harmonisation entre ITU et WTC (Ironman) sera bienvenue afin que l’on s’y retrouve en terme de règles entre différents organisateurs.

Enfin, les marathoniens et autres coureurs à pied peuvent continuer à utiliser leur montre cardio GPS sans trop se soucier de leur interdiction, dans leur pratique sportive, celle-ci n’est pas encore à l’ordre du jour…

L’impact sur les performances sportives

On ne va pas se mentir, cette interdiction générale (oreillettes, compteurs et autres) dans les pelotons cyclistes pro va contribuer à un plus grand spectacle, et va sans aucun doute augmenter les prises de risques des coureurs lors des courses à étapes. Cela sera peut-être un peu moins flagrant sur les classiques, quoi que…

En triathlon, cela aura le mérite de faire revenir au centre, en particulier sur les courses de longue distance, l’apprentissage de l’écoute et de la connaissance de soi, de la gestion de course au sensations, au feeling… Trop de triathlètes aujourd’hui comptent sur la technologie, non plus pour les aider, mais pour carrément faire le boulot à leur place. Il n’est pas rare de voir des athlètes sur half ou Ironman complètement perdus simplement parce que leur montre a un problème technique.

En ce qui concerne les courses élites de triathlon, cela va nécessairement avoir un impact sur la manière d’aborder une course comme les finales d’Hawaï, j’émets un peu plus de réserves sur l’ajout de spectacle sur des courses de courte de distance avec drafting. A mon sens, ces courses là sont nettement moins concernées par une performance planifiée « électroniquement »…

L’impact sur le marché de la montre cardio GPS

Tout ceci va mettre dans l’embarras nombre de marques de montres et de compteurs. Wahoo, Garmin ou Sigma ont des contrats avec des équipes pro pour montrer fièrement leurs nouveaux modèles sur leurs guidons. Si ces derniers disparaissent, les contrats de sponsoring vont tomber… Ou alors des versions spécifiques, dont l’écran est tout simplement inactif remplaceront les modèles actuels? Car il reste possible d’enregistrer les données pour une analyse ultérieure… Il est même probable que des compteurs spécifiques, plus petits et plus endurants, voient le jour.

Mais finalement, les athlètes continueront à s’entrainer avec ces dispositifs, et cela n’aura que peu d’impact sur les ventes des acteurs tels que Suunto, Polar, Garmin, Coros, Wahoo ou Apple… D’ailleurs, beaucoup de propriétaires d’appareils de ces marques ne font tout simplement pas de compétition.

Et l’avenir de nos courses de tri?

Pour les amateurs, les choses sont plus compliquées. Premièrement, il n’est pas vraiment envisageable pour beaucoup de sportifs de s’équiper de deux appareils (un pour l’entrainement avec affichage des données, l’autre pour la compétition sans affichage). Ajouter un mode « compétition » aux montres et compteurs et envisageable, mais quid du contrôle par les commissaires ou les arbitres? Il est bien plus probable que l’avenir soit tout simplement de positionner son compteur avec un support spécifique sous la selle, à un endroit où il n’est pas possible de consulter les données durant la course…

Si tel doit être l’avenir des courses de triathlon pour que la technologie ne prenne pas le pas sur le côté athlétique et de la connaissance de soi du sport, alors soit. Bien entendu, pour un technophile comme moi, cela sera une petite déception, mais rassurez-vous, cela n’impactera en rien la passion que j’ai à animer ce site!

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