Depuis des années, on entend la même explication en boucle dans l’univers des tests de montres cardio GPS: si la cartographie de Garmin est moins fluide que celle de ses concurrents, c’est parce qu’elle est routable. Sous-entendu, c’est un mal nécessaire, et ce n’est pas (vraiment) la faute de Garmin. On paie la fluidité en échange du confort de pouvoir calculer un itinéraire directement sur la montre. Et puis, si ça ne vous convient pas, allez voir du côté de Suunto, Polar ou COROS… mais eux ne font pas de routage. Sauf que cette explication est fausse et n’est basée sur aucun argument technique ou technologique valable. J’ai donc décidé de démontrer techniquement le contraire!

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La carto routable est-elle vraiment plus lente en vidéo
La cartographie de votre montre Garmin est-elle vraiment ralentie par le routage? C’est l’explication que certains donnent sur les réseaux sociaux depuis des années, et c’est faux. Dans cette vidéo, je décortique les vraies raisons de la lenteur de la carto Garmin, avec des tests et des preuves concrètes.
- Introduction
- Rapide historique de la carto sur les montres GPS
- Une légende urbaine tenace!
- La concurrence a des cartes plus fluides
- Fake news 1: les autres n’ont pas de carto routable
- Fake news 2: la carto non routable est plus rapide
- La réactivité du compas
- Alors pourquoi c’est moins fluide chez Garmin?
L’argument du routage, une désinformation tenace
Le raisonnement qu’on entend souvent dans les comparatifs est le suivant: la carte de Garmin doit gérer des millions de calculs pour proposer du routage en temps réel directement sur la montre. C’est cette complexité qui la rend plus lente à l’affichage car la montre doit calculer des positions de POI, de routes et d’autres éléments… COROS, Suunto et Polar, eux, n’ont pas ce fardeau puisqu’ils ne proposent pas de routage sur la montre, d’où (prétendument) leur fluidité supérieure.

Mais d’où Garmin serait condamnée à faire des millions de calculs là ou les autres pourraient se contenter de quelques dizaines? Ca ne fait absolument aucun sens. Car, les routes, les POI et les autres éléments, on les trouve aussi sur la carto de Polar, de Suunto ou de COROS!
Depuis que ces marques ont intégré de la cartographie à leurs montres, on a pu constater à quel point la différence de fluidité était frappante. Que ce soit pour faire pivoter la carte à l’aide du compas intégré ou pour zoomer sur un tracé, les montres de ces trois marques s’en sortent bien mieux que Garmin. Suunto propose à mon avis la carte la plus fluide du marché aujourd’hui talonnée désormais par COROS. Polar est un cran en dessous, mais reste largement plus réactive que les montres Garmin avec carto.

Et si Polar m’intéresse particulièrement dans cette histoire, c’est pour une raison très précise. En effet, depuis longtemps, je suis convaincu que les cartes de COROS, Polar, Suunto et Garmin qui sont toutes issues de OpenStreetMap pour les cartes de base, ont toutes une couche de routabilité identique, mais que seules les montres Garmin l’exploite directement sur la montre. Encore fallait-il le démontrer.
Polar fait du routage aussi, et sa carto reste fluide
Polar est la seule marque à proposer directement en téléchargement les fichiers de cartes destinés à ses montres. Ce détail, qui pourrait sembler anodin, m’a permis de faire quelque chose d’intéressant: disséquer le contenu de ces cartes.

Ce qu’on y trouve, c’est un fichier au format MBTILES. Pour ceux qui s’intéressent à la cartographie, il s’agit d’un format de base de données qui peut contenir des données vectorielles, des données bitmap, et des métadonnées qui permettent de les assembler. En examinant ces métadonnées, j’y ai trouvé quelque chose de très intéressant… Le réseau de routes et de chemin de ces cartes permet de calculer des itinéraires…
La preuve par la démonstration
Pour ne pas me contenter d’une hypothèse basée sur des métadonnées, j’ai monté un petit environnement de test composé de trois éléments, que je démontre dans la vidéo.
- Un serveur de tuiles (MapTiler) qui prend le fichier de Polar et le rend disponible pour un moteur d’affichage cartographique.
- Un moteur de routage capable d’utiliser le réseau routier d’une carte pour calculer un itinéraire d’un point A à un point B sans ligne droite, en suivant les chemins et routes de la carte.
- Une page web pour visualiser la carte et le résultat du calcul d’itinéraire.
J’ai chargé la carte de Polar (exactement la même que celle présente sur les montres) et demandé au moteur de relier deux points éloignés. Résultat: l’itinéraire calculé suit le réseau routier contenu dans la carte. Chemins, routes: tout y est. La carte de Polar est routable.

Je n’ai paramétré aucune préférence (vélo, asphalte uniquement, éviter les grands axes). Le moteur prend simplement tout ce qui est codé comme voie dans la carte et trace l’itinéraire le plus direct, de l’autoroute au sentier agricole. L’objectif ici n’est pas de faire une navigation parfaite, mais de démontrer que les données sont là. Conclusion: ça fonctionne, et ce n’est pas le fait qu’une carte soit routable qui la rend lente ou fluide.
Deuxième test: une carte non routable sur une fenix 8
A ce stade, certains pourraient encore ne pas être convaincus: d’accord, les données sont présentes dans la carte de Polar, mais comme Polar n’active pas le routage dans son moteur, cette partie du code n’est pas sollicitée et ne peut donc pas ralentir l’affichage. L’argument reste donc valable pour Garmin qui, lui, active le routage.

Pour répondre à ça, j’ai réalisé un second test. J’ai chargé sur une fenix 8 une carte non routable. Un projet open source allemand basé sur OpenStreetMap, conçu pour la randonnée à cheval, qui ne contient explicitement aucune donnée de routage.
J’ai supprimé toutes les autres cartes de la montre pour forcer le moteur Garmin à n’utiliser que celle-là.

Résultat: la carte non routable n’est pas plus rapide que la carte Topo de Garmin. Elle est même légèrement moins fluide. A partir de là, on devrait être d’accord: routable ou non, la carte est moins fluide chez Garmin.
Et le compas alors ?
Dernière piste que j’ai explorée: et si le problème venait compas magnétique intégré à la Garmin? Si celui-ci est moins réactif que celui d’une Suunto ou d’une COROS, ça expliquerait les à-coups lors de la rotation de la carte.

Test simple: j’affiche uniquement le widget compas sur la fenix 8, je tourne sur moi-même. Le compas seul est parfaitement fluide: au même niveau que la cartographie chez Suunto ou COROS.
Alors pourquoi la carto de Garmin est moins fluide?
Si ce n’est pas le routage, si ce n’est pas le compas, qu’est-ce que c’est? À mon avis, la réponse est simple: Garmin utilise un moteur d’affichage cartographique vieillissant, qui porte avec lui une dette technologique importante.
Ce moteur est à mon avis aussi vieux que les premiers GPS pour voiture et les premiers compteurs compteurs Edge cyclistes avec cartes, où Garmin a développé depuis de nombreuses années une solution capable de gérer des cartes très complexes (cartes satellite, couches multiples, fichiers tiers, routage avancé). Une solution puissante et polyvalente, mais pas optimisée pour être utilisée dans une montre.
COROS, Suunto et Polar, eux, sont arrivés sur ce marché plus tard. Ils ont développé des moteurs cartographiques pensés dès le départ pour les contraintes d’une montre: écran plus petit, ressources limitées, réactivité prioritaire. Leurs cartes sont plus légères et optimisées (vectorielles en premier lieu), leur rendu est donc optimisé pour ce contexte précis.
Ce que Garmin devrait faire pour la fenix 9
La fenix 9 est attendue en septembre 2026. Les comparatifs entre la fenix 9 et ses concurrentes incluront quasi-systématiquement des séquences de fluidité cartographique, et sur ce terrain, Garmin souffre lors de la sorte de chaque nouveau modèle depuis l’arrivée de la première Suunto Vertical.
Ce que Garmin devrait faire, selon moi: proposer un moteur d’affichage cartographique allégé, performant, avec une carte de base fluide qui couvre les besoins de la grande majorité des utilisateurs. Et sur les montres plus haut de gamme, conserver le moteur actuel en option, plus complet, activable manuellement pour les utilisateurs avancés qui veulent charger des cartes satellites, des couches supplémentaires ou des cartes tierces en sachant que cela implique une fluidité réduite.
Ce découpage couvrirait 95% des cas d’usage sans concession sur la fluidité au quotidien, tout en conservant la flexibilité qui fait partie de l’ADN Garmin.
Car il faut encore le répéter une dernière fois: le routage sur la montre ne rend pas la carto plus lente. Seul le moment du re-calcul effectif d’un itinéraire sur la montre entraîne une grosse charge sur le processeur de la montre. Au final, on devrait avoir une carte fluide en affichage standard, et quelques secondes d’attente au moment d’un re-calcul d’itinéraire. C’est amplement suffisant pour l’immense majorité des sorties.
Pour conclure…
La prochaine fois que vous lisez ou entendez que la carto de Garmin est lente parce qu’elle est routable, vous savez maintenant que c’est inexact. La preuve a été faite par deux angles différents: une carte concurrente fluide et routable (Polar), et une carte non routable sur Garmin qui n’y changent rien.
La lenteur de la carto Garmin est un problème de moteur d’affichage et de technologie pas de routage. Et c’est un problème que Garmin peut tout à fait résoudre. Il reste à voir si la fenix 9 sera l’occasion de le faire. Et si ces légendes urbaines vont enfin se calmer…
Car au final, ça ne me dérange pas que qui que se soit dise n’importe quoi sur ses propres réseaux. Mais ce qui m’ennuie au plus haut point, c’est quand ensuite des personnes viennent commenter mon contenu en me disant que je ne sais pas de quoi je parle en parlant de fluidité de la carto, et en ressortant ces aberrations, comme c’est le cas ci-dessus. L’église est maintenant au milieu du village ;-)
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