Compte rendu

Ironman Switzerland Thun 2021

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La distance Ironman n’épargne rien. C’est de l’archi connu durant la course, mais c’est aussi le cas en ce qui concerne la préparation. Planifiez un plan d’entrainement qui s’étale sur une durée trop longue et vous finissez invariablement par décrocher mentalement. Planifiez un plan d’entrainement trop court et vous ne serez pas prêt le jour venu. Alors quand vous devez planifier une préparation Ironman en pleine pandémie, quand rien n’est sûr, vous devez faire preuve de souplesse, de beaucoup d’imagination et surtout de courage pour commencer une préparation qui ne servira peut-être… à rien.

Une préparation atypique

Fraîchement certifié coach par Ironman au début de ma préparation, je me prépare donc un plan aux petits oignons qui s’étale sur 24 semaines afin d’arriver prêt début juillet pour cette course reportée d’un an. Bien sûr, comme toutes les autres, cette préparation Ironman est jalonnée de petits obstacles. Le premier n’est autre que la fermeture totale des piscines depuis le début de l’année jusqu’au mois d’avril. Le second n’est autre que le retrait du matériel d’ostéosynthèse que j’ai dans le coude gauche depuis un peu plus d’un an. L’opération a lieu au mois de février, et la convalescence durera environ un mois.

Le début de la préparation se concentre donc sur la construction d’une base solide en course à pied et sur le vélo. La saison de ski de fond se prolongeant dans d’excellentes conditions sur le mois de février, cette discipline est plus que mise à contribution en complément. D’ailleurs les conditions d’enneigement si propice à la glisse ont une contrepartie: les entrainements sur le vélo s’effectuent majoritairement sur le KICKR, connecté à Zwift.

Les semaines se suivent et l’endurance se construit au fil des séances réalisées en zones 1 et 2. Les incertitudes liées à la pandémie continuent également et une nouvelle annonce de report de la course finit par tomber. Le premier Ironman de Thun n’aura pas lieu en juillet, mais le 5 septembre. A ce moment, ce nouveau report est à la fois un coup au moral et une bonne nouvelle. Un coup au moral car il va falloir adapter le plan d’entrainement, repartir pour deux mois de plus et garder le focus. Une bonne nouvelle car ma natation est pour le moins poussive en ce printemps, et que deux mois supplémentaires pour tenter de revenir à niveau ne sont pas du luxe. En effet, lors de la ré-ouverture des piscines, j’ai pu constater les dégâts cumulés d’une fracture du coude puis sa rééducation et d’une période prolongée sans nager sur mes chronos et mon endurance dans la discipline…

L’été me voit allonger les distance et augmenter l’intensité dans les trois disciplines. A l’exception d’une tendinite naissante dans mon coude opéré après de longues séances, aucune blessure ne vient troubler ma préparation. Dans mon planning, le mois d’août est particulièrement critique dans ma préparation car je vais consacrer une semaine de vacances à peaufiner ma préparation et réaliser un pic de charge à près de 22h de sport sur 7 jours. La conclusion de cette semaine consiste d’ailleurs, à Thun, à réaliser une boucle de vélo et un enchainement d’une boucle de course à pied sur les parcours de l’Ironman.

Une semaine plus tard, ma préparation se termine avec le départ sur le triathlon de Lausanne. Cette course se déroulant à merveille, je suis chargé de confiance à une semaine de ma course à Thun. Reste à convenablement récupérer de cette fin de préparation pour le moins chargée.

Un volume d’entrainement contenu, mais des entrainements ciblés

Pour mon quatrième départ sur la distance Ironman, j’ai préparé un plan d’entrainement que certaines ou certains considéreront comme « léger ». Mon objectif était d’éviter de charger pour charger, chaque séance avait donc un objectif sportif ou technique précis, et je ne suis jamais sorti m’entrainer « juste parce qu’il faut le faire ». Cela peut sembler peu, mais j’arrive au départ ce l’Ironman avec un volume depuis le 1er janvier de 110h de course à pied (1120km), de 161h de vélo (3450km + une vingtaine d’heures de home trainer) et de 25h de natation (62km). En plus de cela on retrouve aussi 18h de ski de fond, 20h de VTT et 16h de sports divers (SUP et rameur en salle principalement). Depuis le début de mon plan de préparation spécifique Ironman, la moyenne de volume hebdomadaire est de 9h40 par semaine, avec une première partie composée de semaines de 7 à 9h d’entrainement, et une seconde partie un peu plus chargée de l’ordre de 8 à 15h.

La semaine de tapering

La dernière semaine est donc consacrée d’une part à récupérer du triathlon de Lausanne, à la préparation du matériel dans les moindres détails et surtout à peaufiner la stratégie de course pour le jour J. Au programme sportif, une séance de natation en eau libre et une course à pied légère le mercredi, une petite heure à tourner les jambes sur le vélo le jeudi et ma préparation est terminée.

Quant à ma stratégie de course, elle est plutôt simple. En me basant objectivement sur mon état de forme du moment, et compte tenu de mon expérience passée sur la distance, je prévois de gérer mon effort de la manière suivante:

  • La natation sera déjà capitale dans la réussite de la course, car il faudra d’une part gérer l’effort sachant que je n’ai pas retrouvé ma condition d’antan, mais aussi limiter la casse en termes de chrono. Mon 1500m sur le triathlon de Lausanne me permet d’envisager une allure qui se rapproche de 1:45/100m pour cette partie, ce qui pourrait me permettre de sortir en moins de 1h10 de l’eau.
  • Depuis quelques semaines, je me sens particulièrement à l’aise sur le vélo, en particulier sur le vélo de triathlon. Avec l’expérience de mes derniers 70.3, le principal risque réside dans le fait de ne pas trouver immédiatement le bon tempo et de m’installer sur un faux rythme. Mon dernier entrainement sur le parcours de cet Ironman m’a clairement montré que j’étais capable de rouler à 31km/h de moyenne, voire plus, sur cette boucle. J’ai une fourchette de watts cible également en tête. Je vais prendre un petit risque sur le vélo en partant dans la limite haute de ce que je pense pouvoir faire
  • Grâce à mon expérience sur la distance Ironman, je sais d’une part que je n’ai pas forcément assez d’entrainement long pour pouvoir tenir une allure tout au long du marathon, mais que je peux réaliser un bon premier semi. A mon avis, il n’est pas utile de trop gérer la première partie car de toute manière il y aura un coup de mou autour de la mi-course. Je ferai en fonction de l’état de fatigue, mais j’aimerai être sur une base de marathon en 3h40-3h45 au semi, sachant pertinemment qu’ensuite, il y aura une baisse de régime plus ou moins contrôlée…

Lorsque nous prenons la direction de Thun avec nos vélos parfaitement préparés dans le coffre de la voiture samedi matin, le pari du triathlon de Lausanne semble définitivement réussi: la récupération est bonne, la motivation est au beau fixe, la confiance à son maximum et en plus les conditions annoncées pour cette course sont absolument idéales. Et si, avec Jérôme, nous partons le samedi matin, c’est à cause du dernier report. La disponibilité en termes d’hôtels sur Thun est limitée et le changement de date a fini par avoir raison de notre envie d’être sur place le vendredi déjà…

Le samedi

Il faut savoir que l’épicentre de la course est situé en périphérie de la ville de Thun, près du stade du Lachen. Notre hôtel quant à lui se situe au centre ville. Une distance d’environ 2.5km sépare les deux endroits. Afin de préserver nos jambes des deux aller-retours, nous ferons un usage intensif des transports publics de la région. C’est important de préserver au maximum nos jambes, outils de travail principaux du lendemain.

Nous garons la voiture vers 11h30, puis commençons pas un petit lunch au centre-ville. La météo est parfaite: le soleil brille, la température d’environ 23°C et un très léger vent souffle sur la ville. Le risque d’orages pour la soirée, bien qu’existant, est faible. La même météo est annoncée pour le lendemain.

Ensuite, nous prenons le bus, munis de nos certificats Covid, de nos pièces d’identité et de nos licences de triathlon pour aller au Kultur und Kongress Center de la ville (KK Thun) pour récupérer nos sacs, dossards et pour nous laisser tenter par le marchandising Ironman. C’est ensuite l’heure de rassembler les 11 membres du Tri Team Lutry au départ de cette course pour une photo devant la ligne d’arrivée à côté du « village » de la course!

Retour ensuite au centre ville pour effectuer le check-in de notre chambre d’hôtel, d’y rapatrier toutes nos affaires et de préparer nos sacs de transition ainsi que le vélo. Nous avons jusqu’à 18h pour emmener tout ça dans la zone de transition.

Le contenu des sacs de transition est finalement assez sommaire: chaussures de vélo, chaussettes, casque et lunettes de soleil dans le sac de vélo. Dans celui de course à pied: chaussures de course, une paire de chaussettes de rechange « au cas où », deux gels, un spray de et une casquette. En arrivant dans la zone de transition, je mets en place le vélo et dispose les sacs au mieux à côté. L’organisation a fait le choix d’une transition « hybride » avec des sacs, mais qui restent à côté du vélo pour éviter des rassemblements trop importants d’athlètes aux transitions.

Une fois le tout en place, les sacs accrochés et le vélo entièrement vérifié une dernière fois, nous visualisons complètement les transitions une dernière fois. En sortant de la zone, on récupère notre puce de chronométrage.

Repos et finalement une bonne assiette en début de soirée viennent conclure cette journée du samedi. De retour à l’hôtel, on termine de rassembler les affaires pour le lendemain matin: trifonction, combinaison de natation lunettes et bonnet ainsi que les survêtements. Le ravitaillement à mettre en place sur le vélo et le petit compresseur électrique pour vérifier la pression des pneus sont également soigneusement préparés, tout comme le compteur à mettre en place sur le vélo. Tout est prêt, on peut aller se coucher. Le réveil est planifié à 4h du matin.

Le jour J

Comme prévu, le réveil sonne à 4h. Même si la nuit de sommeil a été courte, elle a été plutôt bonne. Et bien qu’il m’ait fallu plus de temps qu’à l’accoutumée pour m’endormir, je me sens reposé. Une douche plus tard, on se retrouve au petit-déjeuner à 4h20. Café, pain complet, un peu de fromage, un peu de confiture… Ne pas improviser sur ce petit-déj. Ne pas improviser quoi que ce soit aujourd’hui… On fixe ensuite le départ de l’hôtel à 5h15 pour aller prendre un des bus spéciaux qui nous emmènera vers la zone de transition.

Après avoir revêtu ma trifonction, ajusté ma ceinture cardio et m’être copieusement recouvert de crème solaire, je mets dans un sac ma combinaison de natation, mon bonnet, mes lunettes, un gel à prendre avant le départ et une bouteille d’eau. Je retrouve mes équipiers au pied de l’hôtel à l’heure prévue. La gare de Thun se situe à environ 300m. Nous longeons ce qui deviendra dans quelques heures notre parcours de course à pied, puis nous prenons le bus qui nous dépose devant la zone de transition.

Le passage vers le vélo est l’occasion de placer sur ce dernier le compteur ainsi que le ravitaillement prévu pour la partie cycliste. C’est aussi le dernier moment pour ajuster la pression des pneus et vérifier une dernière fois la charge du système Di2. Le vélo est entièrement recouvert de la rosée du matin, mais hormis ce détail, tout est absolument parfait. Inspection également du contenu des sacs de transition pour vérifier que la petite pluie de la veille au soir n’a pas détrempé les chaussettes et chaussures. Tout semble sec, aucun problème de ce côté là.

Alors que tout le monde commence à se diriger vers l’entrée de la piscine, dernier passage aux toilettes et nous commençons à enfiler nos combinaisons. Une fois équipés, on laisse nos sacs blancs dans les bacs pour les retrouver après la course. Avec Jérôme, nous décidons d’aller nager quelques minutes dans le lac à côté de la zone de départ. Les autres semblent préférer un échauffement « à sec ». L’eau n’est pas aussi fraîche que ce qui avait été annoncé il y a une semaine. Elle est largement plus chaude que les 16°C de Lausanne le week-end précédent. La particularité de ce départ natation, en dehors du paysage alpin féérique au lever du soleil, est le fait que sur une distance de plusieurs centaines de mètres, le lac est très peu profond. A environ 250 mètres du bord, il est toujours possible de marcher avec de l’eau à hauteur des cuisses.

L’échauffement terminé, nous retournons sur la plage, choisissant de partir dans le bloc de départ noté 60-70 minutes. L’herbe mouillée par la rosée du matin est franchement froide lorsqu’on est à pieds nus. L’hymne national suisse retentit. Les visages sont pour la plupart fermés, le regard vers l’arche de départ. Avec mes co-équipiers, on se souhaite une bonne course et on de disperse dans les blocs de départ. Je me retrouve accompagné de Grégoire et Jérôme. Les hommes pro s’élancent, suivis des femmes 2 minutes plus tard. Les premiers age groups ne tardent pas non plus à se jeter à l’eau. Notre bloc se rapproche du portique de départ. Comme depuis de nombreuses années maintenant, le départ de cet Ironman est un « smart start », 5 athlètes s’élancent sur le parcours toutes les 5 secondes. C’est mon tour de me trouver dans le portique, bip, bip, bip, biiiiiip…

La natation

Je cours sur la plage, puis je marche à grandes enjambées dans l’eau, les gros cailloux tapissant le fond de l’eau ne sont pas des plus agréables. Je vois Grégoire sur ma droite. Certains marchent encore mais je décide de me mettre à nager. Le choix semble pertinent quand je dépasse les marcheurs devant moi. Je garde le cap vers la première bouée, située à 150 mètres environ droit devant.

Incrédule à la sortie de l’eau: « 54min !!?? »

La parcours consiste en une seule boucle. Après la première bouée, on tourne à droite et c’est la longue ligne droite de l’aller qui commence. Je prend un rythme confortable qui me semble correct vu mon niveau du moment. Il n’y a pas de grosses bousculades sur ce début de parcours, mais ça frotte quand même ici et là. On continue la ligne droite en longeant les petites bouées jaunes qui servent de repères. Je suis content de ma première partie de natation car je nage droit, ma montre affiche une allure moyenne de 1:46/100m et pourtant je suis parfaitement à l’aise dans mon effort. Surtout ne pas griller de cartouches maintenant…

La première bouée rouge qui marque le premier virage à 90° du demi-tour arrive plus vite que je ne l’avais pensé. A environ 3m de la corde pour ne pas aller au combat, je fais un large virage pour avoir en ligne de mire la bouée rouge suivante, qui me semble elle aussi assez proche. Le second virage de ce demi-tour est géré de la même façon.

Un coup d’œil sur la montre confirme la sensation: on est encore loin d’avoir atteint la moitié des 3800m de natation après ce demi-tour. Vraiment loin. Ma montre affiche à peine 1500m alors que je suis déjà sur le chemin du retour. Le sentiment que quelque chose de bizarre est en train de se passer sur le parcours de natation se confirme quant, sur ma gauche, je vois lors de mes respirations le plongeoir de la piscine à ma hauteur. 200 mètres plus loin, virage à gauche pour prendre le cap de l’entrée du chenal qui mène au port où se trouve la sortie de l’eau. Plus de doutes, il y a un bug de distance. Si je sais qu’une montre GPS peut franchement donner des résultats fantaisistes en termes de distance, le temps lui ne mens pas. Je ne suis pas en mesure de réaliser moins d’une heure sur 3.8km en ce moment. Alors quand je sors de l’eau et passe l’arche de chronométrage et que ma montre affiche un flatteur 54:43 de natation, je commence à me demander si je n’ai pas manqué une bouée…

Le doute est levé quelques mètres plus loin en échangeant quelques mots avec Christian sur la bord du parcours. Il n’y avait bel et bien que 3km de natation ce matin là…

La première transition

Je me débarrasse rapidement du haut de ma combinaison de natation. Ensuite, je déroule le haut de ma trifonction et je commence à l’enfiler. C’est devenu ma tactique, nager torse-nu sous la combinaison de natation pour plus de liberté de mouvements, et passer le haut de la trifonction à T1. C’est un peu compliqué à cause du textile mouillé, mais tout est en place le temps d’arriver à mon vélo. Je termine d’enlever ma combinaison de natation et je l’utilise ensuite comme « paillasson » pour tenter d’enlever la totalité des petites bille de caoutchouc qui recouvre le terrain de foot synthétique qui fait office ce matin de zone de transition. Car si il reste de ces petites bille sous les pieds, elles seront là pour tout le reste de la course, et j’imagine assez l’inconfort que cela peut générer sur la course à pied…

Une fois les pieds débarrassés de ces petites billes, j’enfile mes chaussettes puis mes chaussures de vélo. Pas de flying mount ce matin, d’une part à cause de ces billes mais aussi du virage à vélo dès la sortie de la zone de transition. Reste les lunettes, le casque, passer la ceinture porte-dossard et me voilà, poussant mon vélo vers la sortie de cette zone de transition. Durée de l’opération: 5min07.

Le vélo

A la sortie de la zone de transition

La ligne passée, je monte sur mon vélo, clippe mes deux chaussures et me voilà déjà dans le virage sur la gauche pour arriver sur la route principale. Tout commence par une longue ligne droite à plat. Directement sur les prolongateurs, je me concentre sur deux choses en ce tout début de parcours vélo: m’hydrater et m’alimenter le plus vite possible, bien que la natation ait été plus courte que prévu, et trouver tout de suite le bon rythme.

En ce matin de septembre, j’avais un peu peur que, détrempé après mon passage dans le lac, je n’aie un peu froid sur le début de la partie vélo. Mais ce n’est pas le cas. La température est idéale, et il n’y a pas de vent. Je file à 35km/h en direction de Gwatt, en attendant la première difficulté de ce parcours qui, sans être terriblement difficile, regorge de ces petites côtes qui usent par leur répétitions.

La première montée me permet de constater que les jambes sont là. Malgré une fréquence cardiaque un peu haute, les sensation sont parfaites. Je connais cette boucle de 90km presque par cœur. J’anticipe donc les virages et les changements de pente à merveille. Les carrefours dangereux qui nécessitaient de s’arrêter lors des multiples entrainements effectués par ici sont, aujourd’hui, franchis à pleine vitesse ou presque. Ça aide clairement à maintenir la moyenne. Après deux ou trois petites côtes en tout début de boucle, les 30km suivants sont très roulants à quelques « coups de cul » près. Parfaitement posé sur mes prolongateurs, je maintiens une allure plus élevée que prévu en restant dans la limite haute de l’intensité cible. Autrement dit: ça fonce en poussant fort, mais en contrôle.

Ici et là, je profite de tourner la tête pour contempler le lac de Thoune et le fond de la vallée qui dévoile ses majestueux sommets enneigés. Les routes qui traversent les campagnes sont bordées de troupeaux de vaches, le tintement désordonné de leur cloches se substitue au hop hop hop du nombreux public présent dans les villages. Sans excès de chauvinisme, je peux l’affirmer: le parcours vélo de cet Ironman est l’un des plus beaux qu’il m’ait été donné de voir sur une course. Peut-être le plus beau, bien que tellement différent des volcans de Lanzarote…

C’est à Kirchdorf la bien nommée, dans ce que nous avons entre nous appelé le coup-de-cul de l’église que je reprends David. Encouragements de rigueur et, dès le plat revenu, me voilà à nouveau couché sur mon guidon. La vitesse de ce début de boucle fait siffler l’air sur bord de mon casque. L’impression d’aller vite est bien réelle, confirmée par la moyenne qui ne baisse pas. Elle atteint son paroxysme à l’entrée de Belp, affichant 36.6km/h. C’est le point le plus au nord de la boucle, et le quasi demi-tour annonce le début de la partie plus accidentée. Un long faux-plat montant nous emmène vers la montée sur Riggisberg. Ça monte sur environ 6-7km à 6% de moyenne, et forcément, la moyenne baisse. Une section très roulante et reposante permet de reprendre un peu d’énergie avant la seconde partie de montée.

Durant tout le segment cycliste, je m’applique à me ravitailler très régulièrement aussi bien en solide qu’en liquide. Alternant entre boisson isotonique et eau en ce qui concerne les boissons, j’ai basé mon alimentation sur des demi barres Clif, des barres Isostar et des gels Winforce aux noisettes et Maurten. J’alterne entre barres et gels, et profite du système Hydroblade installé sur mon guidon pour m’hydrater très régulièrement.

Ma progression dans le premier tour est au-delà de mes espérances, et lorsque je passe la seconde difficulté importante du parcours et bascule dans la première partie de la descente, j’entrevois la possibilité de boucler ces 90 premiers kilomètres à 34km/h de moyenne. C’est le moment de laisser les jambes se reposer. Une petite partie de plat entre-coupe la descente qui nous amène jusqu’à Wattenwil. La descente n’est pas technique, mais il convient tout de même d’être attentif à ce qui se passe autour de soi. L’utilisation du guidon de triathlon est ici interdite car la vitesse augmente vite dans la succession de larges virages. Ensuite, entre Wattenwil et Reutigen, c’est à nouveau une section de route propice aux baroudeurs, jamais vraiment plate mais sans grosses difficultés. Il faut avoir de l’énergie pour ne pas laisser ici trop de temps car les petites bosses usantes se succèdent. Je me sens bien, avec toujours du jus dans les relances, et une bonne position aéro sur les parties plus roulantes.

En tournant sur la gauche à Reutigen, je sais que la fin de la première boucle est une formalité. Une section plate qui amène à la descente sur Gwatt, et 2.5km de plat pour aller faire demi-tour devant la zone de transition. La foule de supporters est alignée sur le bord de la route. Une marrée rouge du Tri Team Lutry est présente juste avant le demi-tour. Ça donne du courage pour la seconde boucle! Je clos ces 90 premiers kilomètres à un peu plus de 34km/h de moyenne.

La température a bien augmenté depuis le début de mon premier tour, et le soleil arrose toute la région de ses rayons. Les 15°C du début de matinée ont laissé place à des températures au-delà des 20°C qui ne vont pas tarder à atteindre 25. Un léger vent se lève également, partiellement favorable sur la première partie, il faudra par contre l’affronter sur la seconde partie de la deuxième boucle.

Après 15km dans le deuxième tour, je reprend Miguel du club. Je l’encourage à s’accrocher, pourquoi pas à me suivre à distance le sachant habituellement meilleur que moi sur le vélo. Mais quelques kilomètres plus loin, je ne le vois plus. Au kilomètres 120 environ, je commence à sentir les efforts consentis jusque là et je sais que la seconde boucle ne se fera pas aussi fort que la première. Mais je ne suis pas épuisé pour autant, rien à voir avec mon état à ce stade de la course il y a 5 ans à Lanzarote

La montée de Riggisberg me semble un peu plus difficile, je la passe aussi un peu moins vite, mais arrivé en haut, profitant de la section de faux-plat descendant pour laisser aller en roue libre, j’entrevois la possibilité de poser le vélo aux alentours des 5h30. Après le passage de la seconde grosse difficulté de la boucle, je commence à sérieusement gérer mes efforts. J’en mets moins, malgré la petite brise qui s’est levée et qui est ici contre moi. Le boulot est fait pour cette partie vélo, je travaille maintenant à offrir un peu de répit à mes jambes avant le marathon. Je me fais reprendre par quelques cyclistes… « A toute à l’heure », me dis-je intérieurement en les voyant pousser tant et plus.

Sur les 40 derniers kilomètres, j’abandonne mes barres de céréales comme ravitaillement, seuls les gels me semblent encore assimilables. J’ai fait la petite erreur de penser que mes nombreuses séances à m’habituer à ces barres me permettraient de les « supporter » jusqu’au bout, et de ne pas renouveler les sandwichs au pain de mie qui m’avaient accompagnés sur les Ironman’s précédents.

Lorsque j’aborde la dernière ligne droite, j’entends Dom sur le bord de la route m’annoncer « Grégoire est juste derrière toi »… Concurrent sérieux au classement club, j’étais persuadé que le bougre était devant moi depuis le début du vélo… Ovation par les autres supporters du club au moment de finalement descendre de mon P3X. Quel avion de chasse: 32,6km/h de moyenne, soit 5:32:05. Inespéré en termes de chrono, j’ai pourtant une moyenne de watts et surtout une puissance normalisée moyenne de 227 watts, à la limite haute de l’objectif en termes de puissance.

La deuxième transition

Depuis quelques jours, au sein d’un petit groupe du club, les paris vont bon train concernant le « podium club ». Les bookmakers ne me voient que comme un outsider au podium, même si apparemment, ma cote a légèrement progressé après le triathlon de Lausanne. Les jours précédents, il ne fait aucun doute que Thomas va reléguer tout le monde à plus d’une demi heure. Les deuxième et troisième marches du podium devraient se disputer, toujours d’après les bookmakers du Tri Team Lutry, entre Miguel et Grégoire. Dans les prétendants à la quatrième place, on me voyait au coude à coude avec Jérôme, David et Elena. Bref, j’avais dans un coin de ma tête de faire mentir les pronostics sur la ligne de départ.

C’est donc une victoire d’étape intéressante de savoir que je pose le vélo en deuxième place club. Arrivé sur la ligne d’entrée dans la zone de transition, je décide de garder mes chaussures aux pieds pour, encore une fois, éviter l’accumulation de ces billes de caoutchouc sous les chaussettes, ce qui serait pour le moins inconfortable au départ d’un marathon. Mais lorsque j’amorce mon mouvement pour passer la jambe droite par dessus le vélo pour en descendre, début de crampe de l’ischio… Je manque de me vautrer en avant sur le vélo et alors que je contre-balance le poids de mon corps et du vélo en arrière, même début de crampe sur l’ischio gauche… Début de transition compliqué. Je reste immobile, je ne lâche pas mon vélo et tente de contrôler tout ça. 20 secondes plus tard, je reprends ma course en direction de ma place dans la zone de change: plus de peur que de mal.

J’ai à peine accroché mon vélo à sa place et commencé à enlever mon casque que j’entends crier « Greg, tu as fait un vélo de cochon… ». C’est Grégoire qui déboule en poussant son vélo. Apparemment, il ne s’attendait pas à me voir arriver avant lui à T2! Sorti quelques secondes après moi de l’eau, il n’a pas réussi à me rattraper sur la partie cycliste. Il s’avère (on s’en rendra compte un peu plus tard) que nous avons, à la seconde près, le même temps sur les 180km de vélo.

Je termine d’enfiler mes chaussures de course à pied, la casquette sur la tête et je me lance sur le parcours du marathon. Transition réalisée en 2min15!

La course à pied

Je sors quelques secondes avant Grégoire de la zone de transition. En courant sur les premières centaines de mètres, j’ajuste la position de mon dossard et place les gels rapidement récupérés dans mon sac dans la poche arrière. Je marque encore la transition sur ma montre et je tente de détendre un peu le haut de mon dos qui a commencé à souffrir sur la seconde partie de la deuxième boucle de vélo… Le début de la boucle de course à pied contourne la zone de transition, et tout de suite on arrive sur les premières tables de ravitaillement. Je saisi au vol un gobelet d’eau. J’ai profité des derniers kilomètres de vélo pour me ravitailler avant la course à pied, pas besoin de plus à ce moment là de la course.

Peu après, on effectue un tour presque complet de la piste d’athlétisme du stade du Lachen, et on longe ensuite sur environ 2km la fin du parcours vélo. Grégoire me rejoint vite et on court ensemble sur ce début de marathon. L’allure ressemble à quelque chose d’honnête: entre 5:05 et 5:10/km. Je le dis à mon acolyte, « si seulement cela pouvait aller ainsi jusqu’au bout… ». Mais nous sommes lucides tous les deux, il faut en profiter, ça ne durera pas 42km.

Arrivés au bout de cette longue ligne droite, le parcours emprunte une petite ruelle pour arriver dans un long parc en bordure du lac. C’est un sentier de gravier, mais en contre-partie, c’est entièrement ombragé. Car mine de rien, bien qu’en septembre, il fait chaud sur ce début de course à pied. Second ravitaillement, je bois un peu de boisson isotonique et je me verse un gobelet d’eau sur la tête. Avec Grégoire, nous courrons côte à côte. En revenant en direction du centre-ville en longeant le lac, les sensations sont bonnes. Je sens bien que j’ai laissé des forces sur le vélo (qui n’en laisserait pas sur 180km…) mais il me reste de l’énergie. Je sais que cette boucle de course à pied, avec ses interminables allers-retours et ses zigzags en ville peut vite devenir un enfer mental si l’allure baisse… Mais en arrivant dans la ville, l’allure est toujours de 5:15/km ou plus rapide.

Après avoir rejoint la ville de Thoune, on traverse un des ponts de bois pour aller longer l’Aare sur la rive opposée. Ce passage est assez photogénique, et lors de cette première boucle, les deux Greg du Tri Team Lutry courent toujours de front. Si nos bookmakers font du live betting, les cotes doivent s’affoler… Sur le bord de la rivière, avec en toile de fond les paysages alpins de la région, je me concentre sur ma foulée et ma posture. « Courir économique ».

Toutefois, il suffit d’écouter les quelques échanges que j’ai avec mon co-équipier pour comprendre que je serai heureux de continuer avec lui jusqu’à la fin de la première boucle, mais qu’ensuite, il faudra que je ralentisse un peu pour entamer le deuxième tour… En traversant le centre historique de la ville, des spectateurs par milliers sont installés de part et d’autres des petites rues pavées. Demi-tour au fond de la rue centrale, et retour par un itinéraire un peu plus direct en passant devant la gare puis en contournant le KK Thun. C’est là que se trouve la plus grande délégation de supporters du Tri Team Lutry. C’est aussi quelques centaines de mètres plus loin que je nous passons une première fois devant la ligne d’arrivée… Déjà 14km de faits.

Grégoire s’envole, prenant irrémédiablement, mètres après mètres, une avance que je sais ne pas pouvoir combler. Si nous devons à priori avoir un niveau de course à pied comparable ce jour là, il est indéniable qu’il a dû poser son vélo un peu plus frais que moi. Au début de ce deuxième tour, l’allure s’installe sur les premiers kilomètres aux alentours de 5:30/km. Respectable malgré tout. Mais c’est le ravitaillement qui commence à me poser problème. Au début de ce deuxième tour j’avale un gel Maurten, le dernier aliment considéré comme solide qui passe encore, mais à peine. A la table de ravitaillement suivante, un peu d’eau et un peu de boisson isotonique… L’estomac tient le coup mais n’en veut pas plus. Sur cette seconde boucle, je me fais rejoindre par Arnaud qui commence sa course à pied. On échange quelques mots et quelques centaines de mètres. Je croise aussi Miguel et David, on s’encourage!

Au fur et à mesure de la progression dans le second tour, les jambes deviennent de plus en plus lourdes et la foulée se décale progressivement vers l’arrière. A la moitié du tour, je commence à marcher le long des tables de ravitaillement, je ne prends désormais que du liquide. Je passe le semi-marathon en 1:51:40, encore dans le coup pour un marathon de moins de 4h, mais la tendance ne m’est pas favorable… Et la fin de cette seconde boucle va déjà commencer à sonner le glas de cet objectif ambitieux. Au moment d’attaquer le troisième et dernier tour, je cours au mental… Car d’un point de vue énergétique et forces restantes dans les muscles, les indicateurs sont dans le rouge.

Le dernier tour est un chemin de croix. L’allure s’effondre. En fonction des sections, elle varie entre 6:15 et 6:45/km, tout en marchant généreusement le long des tables de ravitaillement. Dans ce dernier tour, mon seul apport d’énergie provient des gorgées de Cola. Passé le kilomètre 32, les espoirs de marathon en moins de 4h sont douchés. Je lutte sur les 10 derniers kilomètres pour ne pas marcher… Ma foulée ne ressemble probablement plus à rien, mais je résiste en continuant à courir entre les ravitaillements.

La ligne d’arrivée et la suite

En passant enfin devant les supporters du Tri Team Lutry, je sais qu’il me reste 500 mètres avant de pouvoir, enfin, me diriger vers cette ligne d’arrivée. Je tourne à droite, le tapis bleu… Je fais le signe 4, pour ma quatrième ligne d’arrivée sur la distance. Le speaker annonce « Gregory, you are an IRONMAN ». On me tend ma médaille de finisher et une serviette rafraichissante autour du cou. Je n’ai plus de jus, plus rien, mais je suis content de ma course. Content au vu de ma préparation. Content du chemin parcouru depuis ma fracture du coude. Et content d’avoir déjoué les pronostics en terminant 3ème club, derrière Thomas et Grégoire… Mais surtout, je suis content de ma performance qui est la meilleure sur la distance, malgré le manque de 800 mètres sur la partie natation.

Ce marathon interminable prend fin en 4:17:29, ce qui scelle un Ironman malgré tout solide accompli en 10:51:39. Ma meilleure marque jusqu’alors était Zurich en 2014.

Il me faut quelques minutes pour reprendre mes esprits, retrouver Grégoire qui a passé la ligne d’arrivée une poignée de minutes avant moi. On rejoindra ensuite Jérôme, contraint à l’abandon pour une blessure après la partie vélo afin de profiter d’une assiette de riz et de poulet dans la zone réservée aux athlètes. La longue récupération de cet Ironman commence, mais la saison est loin d’être terminée!

Le prochain challenge sera réalisé avec des collègues professionnels pour la Runmate, une course à étape autour du Léman. Si les conditions sanitaires le permettent, il y aura ensuite début octobre le 70.3 de Lanzarote. La fin de saison devrait se concentrer sur de la course à pied, avec des objectifs encore incertains en raison des restrictions de voyage…

Merci à toutes et tous ceux qui m’ont encouragé, supporté, motivé à l’entrainement ou le jour de la course, sur le parcours, au bord ou à distance. Vous avez fait partie de ma course! Ha, et si vous en voulez encore plus, nous avons enregistré avec trois de mes équipiers du club un épisode spécial du podcast pour débriefer de cette course!

Le matos pour cette course

Natation:

  • Combinaison Orca Alpha
  • Lunettes Tyr Tracer X Nano

Vélo:

  • Cervelo P3X avec roues Swissside Hadron Ultimate (625 devant / 800 derrière) tubeless, Vittoria Corsa Speed Graphene+ TLR 23mm
  • Système X-Lab Hydroblade entre les prolongateurs
  • Capteur de puissance 4iiii Precision left
  • Chaussures fizik Transiro R4
  • Casque Lazer Bullet 2.0 MIPS
  • Lunettes INVU Kilimanjaro polarisées
  • Chaussettes Calza Nera, pour le style
  • Porte dossard 2XU, basique mais qui fait le job
  • Le compteur Garmin Edge 530

Course à pied:

Toute la course:

5 commentaires

  1. Félicitations et merci pour les podcasts que j’ai suivi assidument, Thun était mon premier IM et il s’est bien passé, notamment grâce aux nombreux et bons conseils!

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